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Kévin, 17 ans, nous explique le fonctionnement des Assemblées Générales (AG) dans les lycées.

Kévin, comment cet appel des organisations de gauche va se concrétiser dans les lycées dans les semaines à venir ?

Des AG (ndlr Assemblées générales) vont être organisées dans les lycées, c’est-à-dire que des représentants des syndicats comme la FIDL, l’UNL, l’UNEF ou même la CGT ou SUD, et des partis de gauche et d’extrêmes gauche comme le Parti Communiste ou le Parti Anticapitaliste, vont appeler les lycéens à se rassembler à la récréation ou à la pause déjeuner pour« discuter » des « sujets chauds » du moment. Après avoir installé un mégaphone, ils vont prendre la parole un par un et pendant plusieurs heures, pour critiquer violemment la politique du gouvernement

Jusque là donc, rien d’autre que la liberté d’expression ?

(Rires). Oui, enfin, il faut savoir que si on n’appartient pas à une organisation de gauche, on n’a pas le droit de prendre la parole, interdiction de défendre autre chose que l’idéologie gauchiste…

D’accord, et sur quoi débouchent ces AG ?

Au bout de plusieurs heures, après que la sonnerie ait retentie, une fois que les lycéens assidus et ponctuels soient rentrés en cours, il y a un « vote ». Outre le fait que les élèves qui vont en cours soient partis, le vote se fait à main levée, et croyez-moi, mieux vaut éviter de voter différemment de tous les membres de partis d’extrêmes gauches anarchistes et très violents… Il n’y a jamais d’isoloir ou de vote secret, c’est comme ça, en levant la main. Ensuite, ils « comptent les voix », c’est-à-dire qu’un membre du syndicat de gauche va regarder la foule quelques secondes, et estimer combien de personnes ont voté pour telle ou telle chose. Vous voyez que finalement, c’est autre chose que de la « liberté d’expression », c’est anti-démocratique et anti-représentatif des lycéens…

Et que votent-ils lors de ces AG ?

Oh, c’est varié ! Mais on peut déterminer trois catégories. Premièrement, il y a les votes « farfelus », ils consistent à soumettre au« vote » des décisions qui ne relève pas des lycéens. Par exemple, l’an dernier on a vu le vote de la « dissolution de l’Assemblée Nationale » et la « destitution du Président de la République » Dans un second temps, il y a les votes démagogiques, qui consistent à dire aux gens ce qu’ils veulent entendre, par exemple en ce moment, c’est « pour la sauvegarde des retraites » ou « pour des classes de 15 élèves » Enfin, le plus grave, ils « votent » la suite à donner à la mobilisation, par exemple la « grève générale » ou le « blocage » de tel ou tel lycée.

Quelle est la suite donnée à ces votes ?

Par exemple, quand ils ont voté le blocage d’un lycée, ils viennent le lendemain matin avant l’ouverture de l’établissement, et barricadent les portes avec des poubelles et des barrières, ils peuvent aussi enchaîner les grilles avec des cadenas. L’objectif est de tout faire pour empêcher les élèves de rentrer dans le lycée. Souvent même, ce ne sont pas les élèves qui bloquent, mais des membres des syndicats comme CGT-Cheminôt.

Est-ce que ces actions ont vraiment un impact sur la vie politique ?

Ah ! Avant d’avoir un impact politique, ça a surtout un impact sur la vie des lycéens et de leurs familles ! Comme les lycéens ne peuvent plus rentrer en cours, ils perdent du temps pour leurs études, et comme souvent les profs manquent de temps pour boucler leurs programmes, imaginez quand un lycée est bloqué pendant plusieurs semaines ! J’ai déjà vu un établissement bloqué 3 mois de suite, comme ça, c’est pas l’idéal pour préparer le bac… Le deuxième effet pervers, c’est que ce sont toujours les mêmes lycées qui sont bloqués, alors les parents qui peuvent se le payer mettent leurs enfants dans le privé ou dans des lycées de centre ville plus calmes. Finalement, on voit que les syndicats condamnent le « lycée à deux vitesse », mais c’est eux, en bloquant, qui creusent les inégalités entre les établissements. Il y a les « bloqués » et les « pas bloqués ».

Et au niveau de l’impact politique ?

L’effet principal, c’est qu’ils se permettent de dire que « tout le lycée proteste contre la réforme x ou y » alors qu’ils n’étaient que 10… dont 4 qui étaient vraiment scolarisé dans le lycée. Forcément, ça a un certain impact.

Et, tu crois que les syndicats lycéens contrôlent ces mouvements ?

Je ne sais pas si ils les contrôlent, ils ne sont pas très influents, mais en tout cas, ils s’en félicitent ! J’ai lu dans le journal que l’UNL se « félicitait » des lycées bloqués à Paris la semaine dernière…

Selon, toi qu’est-ce qu’il faudrait faire pour ces blocages ?

Plusieurs choses, déjà, ça serait bien si les proviseurs demandaient à la police de venir « débloquer les lycées », pour qu’on puisse aller en cours et préparer le bac. Mais le plus marquant, c’est que les « bloqueurs » ne sont jamais punis alors que c’est illégal. Avec ce sentiment d’impunité, ça ne m’étonne pas qu’ils recommencent, encore et encore… Franchement, je suis dégouté, je croyais pas qu’en France, on laissait les gens nous priver de liberté, comme ça…

Original : article du post : http://www.lepost.fr/article/2010/0...

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Article publié le 4 octobre 2010, par Cyprien Feilhes

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